Rencontre avec Jean-François Hensgens

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Un liégeois proche de la cinquantaine, devenu l’un des nombreux directeurs photos et cadreurs belges reconnus dans le monde du cinéma.

Jean-François Hensgens nature enjouée, dynamique, cultivée, intelligente , sensible et charismatique ,après des années d’assistanat puis de travaux sur le terrain comme cadreur et directeur photo, a réalisé avec François Troukens son premier long-métrage. « TUEURS  » produit par Versus Production ( Jacques-Henri et Olivier Bronckart)

Notre entretien aurait pu se prolonger des heures avec cet humaniste passionnant et passionné par les autres qui porte un regard artistique et technique sur notre société.

UNE PASSION POUR L’IMAGE

Comment est née votre passion pour l’image ?

J’ai étudié pendant trois ans la photographie à St-Luc à Liège. C’est là que la femme de J.P . Dardenne enseignait. Même si je fréquentais beaucoup les cinémas, je n’avais aucune connaissance des plateaux et dans ma famille personne n’était en phase avec ce milieu là.

J’ai présenté l’examen d’entrée à l’IAD et à l’INSAS et ne pouvant faire les deux j’ai choisi l’IAD et y ai été reçu.

Ayant pratiqué la photographie, la création d’images me plaisait et je continuais à voir des films. Le milieu du cinéma était intéressant et passionnant.

Sorti de l’IAD j’ai commencé très vite à travailler comme 1er assistant opérateur et mon premier long-métrage à cette fonction a été  » LA PROMESSE  » des frères Dardenne sous la direction photo d’Alain Marcoen et le cadre de Benoît Dervaux.

Mon travail de 1er assistant opérateur a duré une douzaine d’années et m’a permis de participer à une cinquantaine de films.

LES LONGS-METRAGES

Quel a été votre premier long-métrage ?

Ma première direction photo je l’ai faite à la demande d’un ami rencontré à l’IAD Donato Rotuno qui a produit un long-métrage luxembourgeois.

J’ai travaillé ensuite comme chef opérateur sur un deuxième long-métrage » In the dark place  » où il exerçait la fonction de réalisateur.

Depuis 2005, avec « Dikkenek » les films n’ont cessé de s’enchaîner.

Vous avez eu l’occasion de filmer Halle Berry ?

C’était « DARK TIDE « en Afrique du Sud sous la direction de John Stockwell avec qui j’avais déjà eu l’occasion de collaborer

Un film difficile mais amusant ; c’est là que j’ai assisté à la naissance d’une idylle entre Halle Berry et Olivier Martinez.

Tourner sur un bateau au confluent de deux océans, entouré de requins blancs était une gageure. Un excellent opérateur sous-marin tournait tous les plans filmés sous l’eau.

Une belle aventure supérieure à la qualité du film.

Avec Joachim Lafosse vous effectuez un retour aux sources ?

C’est mon cinquième film avec lui. « L’ECONOMIE DU COUPLE » m’a personnellement beaucoup touché

Nous partageons les enjeux scénaristiques ,les rapports entre les personnages ,la complexité des êtres humains, les nuances qu’on peut trouver chez tous les hommes.

C’est Jacques-Henri Bonckart qui nous a réuni pour  » A PERDRE LA RAISON  » et nous avons tout de suite sympathisé.

Nous poursuivons notre collaboration pour son dernier film tourné au Maroc avec Virginie Effira et Kacey Mattet-Klein . Un sujet sensé se dérouler au Kirghizistan . Le sujet : un rapport difficile et complexe entre une mère et son fils .

Le titre du film : « CONTINUER ».

REALISATEUR….CHEF OPERATEUR…

Comment s’est effectué votre passage à la réalisation ?

C’est J.H. Bronchant, un ami depuis 20 ans et avec lequel j’ai beaucoup travaillé qui m’a permis de rencontrer François Troukens qui lui avait proposé d’entreprendre la production d’un film dont il avait l’idée. Le producteur lui a proposé un co scénariste, Giordano Gederlini et m’a demandé si j’étais d’accord de réaliser  » Tueurs » avec François Troyens. J.H.Bronckart avait eu l’occasion de constater mon intérêt pour la mise en scène. Pour moi, qui ait toujours créé la lumière et géré le cadre ces paramètres sont indissociables de la mise en scène. Ces éléments s »intègrent dans une mise en scène et tout est différent à chaque film. Tous les éléments d’une production sont liés : les décors, les costumes, les maquillages, les accessoires. Ces paramètres nous donnent aussi à chaque nouveau film la manière dont on va filmer.

Il y a de nombreuses fratries dans le cinéma : les frères Dardenne, les frères Coen , les Taviani…Ce sont des couples qui fonctionnent dans la complicité. Comment avez-vous travaillé avec François Troukens ?

Lorsque j’étais assistant opérateur j’ai découvert la manière de travailler des frères Dardenne. Quant l’un est sur le plateau à côté de la caméra, l’autre se tient en retrait à côté du combo. A chaque scène, ils intervertissent leur rôle.

Avec François Troukens, nous ne pouvions pratiquer de la sorte.

Il y avait une complémentarité. François connaissait parfaitement la manière de réaliser un braquage et moi je n’y connaissais absolument rien.

Par contre, mon expérience de 25 années de plateaux était un atout pour la production. Je peux mettre les choses en place, découper une séquence ou décider à un moment de réaliser un plan séquence. Je sais également choisir ce qu’il y a lieu de montrer ou de ne pas montrer et de pouvoir privilégier le off.

Cela m’est familier grâce aux réalisateurs observés comme Jacques Doillon, Olivier Assayas et surtout Luc et Jean-Pierre Dardenne. Tous ceux avec lesquels j’ai travaillé comme chef opérateur, comme Dominik Moll et Joachim Lafosse.

Sans cette approche d’un espace de réalisation et sans l’expérience vécue de FrançoisTroukens je n’aurais jamais pu réaliser un film comme  » Tueurs ».

L’observation nourrit, enrichit et puis tout devient intuitif. On finit par oublier ce que l’on sait et une touche personnelle apparaît.

Il faut voir des films et les digérer.

Pour moi, l’expérience et le temps sont indispensables pour aborder la réalisation.

Olivier Gourmet dans « TUEURS  » de François Troukens et Jean-Francois Hensgens

Cette expérience vous donne-t-elle l’envie de poursuivre cette fonction de Chef d’Orchestre ?

J’espère vraiment pouvoir réaliser à nouveau un film. J’ai d’ailleurs évoqué une idée de film avec JH Bronckart.

Je ne partage pas le point de vue de Bruno Nuytten qui a choisi de ne plus travailler comme chef opérateur en devenant réalisateur et qui a fini par abandonner la réalisation.

Pour moi , il est tout aussi intéressant de réaliser ou de travailler comme chef opérateur.

« Tueurs  » m’a offert la possibilité de m’impliquer sur le plateau où j’exerçais aussi la direction photo et le cadre. François a pris une part importante dans le montage son et dans l’observation des scènes d’actions.

Nous avons travaillé avec trois caméras et j’ai assuré le cadre avec un MAXIMA, système qui permet mobilité et stabilité, sans la lourdeur d’un steadycam ou d’une dolly.

C’est un autre modèle de stabilisateur comme le Stab one mais créé par ARRI qui permet de mettre plus de poids sur le système et surtout dans mon cas d’utiliser des objectifs anamorphiques qui sont plus lourds que des sphériques.

Le MAXIMA répond parfaitement à la réalisation de plans séquences grâce à la fluidité des mouvements.

La réalisation comme le cadre et la photo exigent des travaux précis. Cela ne tombe pas du ciel et demande l’expérience du vécu des plateaux.

Bouli Lanners acteur dans  » TUEURS « 

Depuis la réalisation des « Tueurs » j’ai déjà poursuivi mon métier de chef opérateur.

J’ai collaboré à deux comédies :  » Spirou et Fantasio « d’Alexandre Coffre et  » La Finale  » de Robin Sykes avec Thierry Lhermitte.

Tous les réalisateurs avec qui je travaille sont généralement à l’écoute des propositions que le chef opérateur peut faire; ensuite ils peuvent s’inscrire dans ce que l’on propose ou au contraire s’en éloigner.

Le réalisateur reste toujours le capitaine du bateau.

Spirou et Fantasio  » d’Alexandre Coffre – sortie en 2018

Jean-François HENSGENS, un chef opérateur qui a de la bouteille ,capable de métamorphose…. »

En janvier Jean-François HENSGENS abordera la cinquantaine et terminera au Maroc le 15 décembre le film de Joachim Lafosse :  » CONTINUER »

On lui souhaite de pratiquer encore longtemps la direction photo et la réalisation.

Propos recueillis par Robert Lombaerts