Sacha Wiernik à propos de Girls with Balls

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Girls with balls, le premier long-métrage du talentueux maquilleur et créateur d’effets spéciaux Olivier Afonso, est actuellement en post-production. Nous en avons profité pour poser quelques questions à Sacha Wiernik, chef opérateur et membre de la SBC.

Parle-nous un peu de toi. Quel a été ton parcours ?

SW : J’ai fait mes études à l’Insas de 89 à 93. J’ai ensuite commencé ma carrière par le film publicitaire et le documentaire et j’ai assez rapidement étendu mes projets au clip et au long-métrage. En 2005, Philippe Lioret me propose de tourner avec lui Je vais bien, ne t’en fais pas avec Mélanie Laurent et Kad Mérad qui obtiennent tous deux un César pour ce film. Depuis j’ai travaillé sur d’autres long-métrages tel que La folle histoire de Max & Léon, comédie d’époque se déroulant durant la Seconde Guerre Mondiale qui m’a  permis d’expérimenter beaucoup de choses en lumière et en effets spéciaux. C’est suite à la vision de ce film qu’on m’a appelé pour faire Girls with Balls.

Synopsis : Lorsque Les Falcons, une équipe de volleyeuses, à la sortie d’un match s’engouffrent dans leur mini-van déglingué conduit par leur coach et tombent en panne au milieu de nulle part, elles ne se doutent pas qu’elles viennent de tomber dans un piège mortel tendu par une bande de chasseurs dégénérés qui ont décidé de pratiquer une traque d’un genre nouveau : la chasse à la blonde ! Pour les volleyeuses, une longue, très longue nuit commence ; une course pour leur survie qui va mettre à l’épreuve leur esprit d’équipe et éprouver les liens qui les unissent. Mais sous leurs airs de victimes innocentes, les volleyeuses vont se révéler pleines de ressources. Au cœur de la forêt, les rôles des chasseurs et des proies vont peu à peu s’inverser…

Casting : Denis Lavant, Manon Azem, Camille Razat, Louise Blachere, Anne Solène Hatte, Tiphaine Daviot, Danny Verissimo, Margot Dufrene, Artus, Orelsan.

Quel est le sujet du film selon toi ?

SW : C’est l’histoire d’une bande de filles aux caractères bien trempés qui se fait prendre en chasse par une bande de dégénérés dans la foret. Certaines vont y rester et d’autres vont les venger. Le scénario est un prétexte à créer des situations gores et drôles, violentes et chorégraphiées. C’est un film de genre, à la croisée entre le  film gore, le road movie, la comédie et le film d’action girl power.…

Comment s’est passé la collaboration avec le réalisateur ?

SW : C’est un premier film. Olivier Afonso le réalisateur, est jusqu’à présent connu comme un des meilleurs spécialistes de maquillage d’effets spéciaux. Comme pour tout premier film, il fallait réussir à rassurer le réalisateur sur le fait que nous travaillions dans la même direction et de manière complémentaire. Il fallait aussi des réponses à ses questions et des solutions à ses problèmes (de mise en scène, de découpage, de story telling) et trouver les meilleurs compromis lorsque le temps ou les moyens font défaut.

Quelles étaient vos intentions à l’image ?

SW : Olivier connait parfaitement le film de genre. Et il avait déjà un univers visuel bien défini. Il voulait faire un film qui cassait un peu tous les codes, en faire un petit OVNI. L’idée était que l’époque et le lieu soient indéfinis. Une de nos principales références était Death Proof de Tarantino, car, comme ici, il met en avant le girl power et la manière particulière qu’ont ces femmes de retourner une situation et d’en tirer profit. Pour Olivier, il fallait qu’on jongle avec des codes à la fois sexys, gores, comiques et effrayants. L’idée était d’adopter un style très teen-movie, un peu cartoonesque ou manga, avec des couleurs fortes, des ralentis, de la fumée, du sang et toutes sortes d’effets visuels à la caméra.

Combien de temps et où avez-vous tourné ? Avez-vous eu suffisamment de prépa ?

SW : On a tourné en Mars et en Avril 2017 à Tenerife sur une période de 26 jours. L’équipe était majoritairement espagnole (gaffer et grip locaux). Il y avait aussi quelques chefs de poste français, collaborateurs de longue date du réalisateur (costume, maquillage, cascade et effets spéciaux). Heureusement j’ai pu emmener de Belgique mon assistant caméra, Fabien Ruyzen, et sa seconde assistante, Ada Detraz. On a eu cinq semaines pour la préparation et les repérages. Mais le timing du tournage était extrêmement serré.

As-tu eu à résoudre des problèmes particuliers ?

SW : Le principal problème était le choix du lieu de tournage. Même si l’île est magnifique, c’était très compliqué d’y tourner, principalement en raison de ses conditions climatiques compliquées et des choix très limités pour les décors intérieurs que nous recherchions. En effet, quasi systématiquement, le matin on avait un plein soleil, et à 11h les nuages commençaient à tomber sur le volcan, créant un épais brouillard qui masquait les spectaculaires décors extérieurs que nous avions repérés. Parfois, on ne voyait rien à 2 mètres. En outre, les espagnols ont des horaires de travail qui imposent de s’arrêter vers 10-11h du matin pour faire une pause sandwich. La plupart du temps, nous avions tourné des plan larges dans un axe avant cela et au retour, le brouillard était tombé. C’était très compliqué en terme de raccords et très frustrant au tournage, mais après coup, cela donne un côté mystérieux très intéressant. J’utilise beaucoup de fumée pour les intérieurs, ce qui a permis d’unifier un peu le tout en donnant une vraie atmosphère et un style au film.

Quel matériel as-tu utilisé à la caméra ? 

SW : On a utilisé deux Alexa Mini avec des Cooke anamorphiques qui venaient de chez TSF. J’aime ces optiques, mais je les trouve parfois un peu trop propres pour le look recherché sur ce film. En outre, si c’était à refaire, je ne reprendrais pas la Mini avec ces optiques-là, car elles sont trop lourdes par rapport à la caméra, ce qui déséquilibre le centre de gravité vers l’avant.

J’ai très peu filtré à la caméra. Je voulais des rendus de peaux, de sueur, de poussière et de sang très bruts.

 Et pour la lumière ? 

SW : Vu le style et l’économie de ce film, j’ai décidé de consacrer la quasi totalité du budget lumière aux trois gros décors intérieurs. C’était supposé être un seul lieux (le domaine des chasseurs), mais nous avons du tricher et tourner sur trois décors complètement distincts.

Pour ce qui est des extérieurs, je n’ai quasi pas pu travailler la lumière. J’avais toujours en base avec nous un skypanel et un petit panneau LED sur batterie qui nous a beaucoup servi. Comme je l’ai dit les extérieurs étaient compliqués en terme de raccords. J’ai beaucoup utilisé de fumée, à la fois pour créer un style, mais aussi parfois comme cache-misère et enfin pour raccorder certains décors entre l’intérieur et l’extérieur.

La plus grosse scène en terme de lumière a été celle de la fin où les filles sont emmenées pour être torturées, mais arrivent à inverser la tendance et à se venger. Ce décor de « salle de sacrifice » a été beaucoup éclairé. Nous avions pour ce faire transformé un parking de la ville en studio dans lequel nous avons construit, sur base des murs existants, un intérieur de corps de ferme. Même si le décor était compliqué, je me suis véritablement amusé à la lumière. D’autant que dans ce genre de film, tout est permis. La complexité était de pouvoir tourner de grosses scènes de bagarres avec beaucoup d’acteurs filmés simultanément à deux caméra très mobiles. Il fallait être bon quasi à 360°. Pour les plans serrés en revanche, j’ai fait ce que je voulais. L’avantage de ce genre de scènes, c’est qu’il y a tellement de plans et d’effets que les raccords lumière n’ont plus beaucoup d’importance. On peut utiliser tous les axes en fonction de ce qui nous arrange le plus. Tout le matériel lumière et la machinerie venait d’un loueur local.

Tu as beaucoup tourné à l’épaule je crois ?

SW : Oui, 99% du film a été tourné à l’épaule. Nous n’avions ni les moyens ni le temps pour du steadicam. C’est la raison pour laquelle je m’étais orienté vers un stabilisateur Arri Maxima, mais je l’ai malheureusement sous utilisé, faute de temps pour passer d’une configuration à une autre. Sur vingt-six jours, chaque minute compte. Le choix de tourner à l’épaule répondait à des questions de style, mais aussi de rapidité. Comme on avait énormément de décors, il fallait être extrêmement rapides. Le deuxième cadreur était un local qui venait uniquement pour les grosses scènes d’actions à deux caméras.

Comment s’est passé le travail avec les acteurs ? 

SW : Les filles étaient toutes de bonnes actrices. Elles ne savaient pas vraiment jouer au volley, mais grâce à leur coach et au découpage, elles s’en sont très bien sorties. Un des rôle principal masculin était tenu par Denis Lavant, qui incarnait le chef des « méchants », le chasseur. C’est un acteur incroyable. Il n’avait pas vraiment de texte, hormis une seule phrase. Pour le reste, il est tellement présent et expressif qu’il incarne son personnage de manière magistrale.

Le reste des comédiens étaient des locaux, ils étaient assez bons, très spontanés. 

Le film est tourné en français, mais il n’y a quasi que les filles et leur coach qui parlent, les autres rôles sont pour la plupart muets. Sur fond de décors des Canaries, cela donne un sentiment étrange et non identifiable géographiquement.

Comment s’est passé la collaboration avec les autres départements ? 

SW : Le réalisateur avait une idée très précise de ce qu’il voulait en terme de direction artistique, donc on a eu une super collaboration décor, costume, maquillage. Notamment au niveau des éléments visuels et des couleurs.

Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est que pour des raisons de scénarios, les actrices étaient souvent couvertes de sang, de boue, de sueur. Or, c’est très cinégénique. J’aime la matière et la texture que ça donne à la peau. C’est très intéressant à filmer.

Vu l’économie du film, en revanche, le département déco a eu beaucoup de mal a nous fournir les décors demandés. Il manquait souvent des découvertes dans les décors, ce qui rend beaucoup plus compliqué les entrées et les sorties de champ. Les scènes sont souvent trichées et on a du tourner sur des décors différents, les différentes pièces de la maison et les extérieurs. Par exemple, nous avions une séquence de bar où il était important que les personnages entrent dans la pièce face caméra. Or, ce décor se trouvait au deuxième étage et la porte qu’on a filmé donnait sur un balcon d’un mètre où il fallait faire entrer les comédiens, placer la lumière et faire croire à une découverte en pleine nature sans effets de post-production prévus.

Sais-tu quel était le budget du film ? 

SW : Le film est une coproduction franco-belgo-espagnol. Je ne connais pas exactement le budget, aux alentours d’1,5M€. Le choix de tourner à Tenerife était un choix de production. C’est moins cher de tourner là-bas que sur le continent, Cela avait des avantages économiques certains, mais beaucoup d’inconvénients : peu de choix de décors, météo capricieuse, éloignement, peu de matériel disponible sur place…

Est-ce que tu utilisais une LUT sur le plateau ?

SW : Non. J’ai demandé au data manager de m’imprimer des screenshots de chaque plan. Cela me permet d’avoir toujours une référence de ce que nous avons déjà tourné et de voir le film se construire au fur et à mesure. D’autant que nous n’avions quasiment pas le temps et la possibilité de visionner les rushes, qui, en outre, arrivaient synchronisées avec une semaine de décalage.

 Que penses-tu du film ?

SW : Je suis très heureux d’avoir eu l’occasion de pouvoir m’exprimer sur ce genre de film très particulier dans lequel les atmosphères sont la base, le corps même du film. Il est encore en cours de montage, mais je suis certain que cela va être un film très particulier et très réussi. Le peu de temps de tournage s’y ressentira certainement, mais l’énergie et le style de ce que nous avons tourné ne peut que donner envie de le voir.

Materiel: 

Caméra :  Alexa Mini, Cooke Anamorphics and Arri Maxima

Loueur caméra : TSF

Loueur électro et machino : High Voltage Es

Equipe :

Cadreur caméra B : Guille Gil Martin

1 AC : Fabien Ruyzen

Chef machino : Tenseur Quintana

Chef électro : Oscar Gonzales Etayo

Translation by Gaston Struye