Interview de Christophe Nuyens à propos de Zone Blanche

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Antwerpen, Anvers, métropole dynamique, carrefour d’échanges internationaux. La Perruche, un café bar typique avec musique brésilienne qui couvre les conversations.

Une rencontre : celle d’un réalisateur retraité qui adore la technique , les nouvelles technologies sans oublier l’importance de l’univers sonore et un directeur de la photographie Christophe NUYENS, créateur d’images, membre SBC depuis 2014,connu et reconnu en Europe pour la qualité des séries télévisées auxquelles il a participé. Un vieux crocodile dans la mare des jeunes directeurs photos talentueux…

Pour éviter les bruits parasites du café bar , rien ne vaut l’ambiance feutrée d’une voiture.

Qui vous a donné le goût des images ?

CN : Mon grand-père faisait des photos, des films super 8, de la vidéo.Très petit il me donnait déjà l’envie de créer des images. Il me montrait beaucoup de films car il était abonné à Canal plus. Il enregistrait des films et nous les découvrions ensemble. Il m’emmenait aussi dans les salles de cinéma. Il a probablement été un élément déclencheur de ce qui allait devenir une passion.

Quelles ont été vos études ?

CN : J’ai commencé par étudier l’électricité dans une école technique. Je souhaitais devenir électricien et je ne pensais pas que le cinéma était pour moi. Après mes études techniques d’électricien j’avais encore le goût des études.Je n’avais pas encore envie de travailler.  J’ai découvert le RITCS ( le pendant flamand de l’INSAS) et j’y ai tout de suite noué des amitiés. Le montage m’intéressait mais j’ai choisi la photographie après quelques hésitations. 

Mon tempérament ne me permet pas de rester assis plus d’une heure ou deux . Je dois bouger. J’aime aussi le travail manuel et être entouré d’une équipe.

Au RITCS, j’ai rencontré un collègue réalisateur, Jakob Verbruggen , avec lequel j’ai collaboré au court-métrage « SNAPSHOT » qui a obtenu un prix en 2002 à Gand. Ce réalisateur était vraiment né dans le cinéma et était inspiré par les films américains. Il fait actuellement une carrière en Angleterre et aux Etats-Unis.

Mon meilleur souvenir du RITCS c’est la rencontre avec l’excellent directeur photo Walter Van den Ende qui organisait des ateliers consacrés à l’image. Ces « Workshops » duraient une ou deux semaines et on y apprenait autant qu’en une année de cours.  Walter nous a appris à bien regarder une image. Il nous montrait des tableaux et nous incitait à les recréer photographiquement. Il fallait choisir le ou les personnages, refaire les décors et restituer l’atmosphère lumineuse. Cet atelier m’a permis d’utiliser cette approche lorsque je prépare un film. Seul ou avec le réalisateur je crée une sorte de diagramme visuel constitué de photos diverses et j’essaye d’imagine le « look » global du film, des diverses scènes et des décors à s’approprier. Je choisis donc une image et me fonde sur celle-ci pour éclairer une scène et choisir une optique. Tout cela c’est Walter qui me l’a apporté. Les analyse de films étaient proposées par d’autres professeurs mais à l’époque, je n’y trouvais pas beaucoup d’intérêt.

Depuis lors tout a changé car j’ai eu un coup de foudre pour la photographie du film américain « THE REVENANT ». Même si le scénario n’était pas terrible les images étaient magnifiques. J’ai lu de nombreuses pages relatives à la réalisation technique de ce film qui m’a influencé dans mes démarches cinématographiques; par exemple ,travailler avec une optique 18mm pour réaliser des gros plans.

ZONE BLANCHE

Quels sont les outils techniques utilisés sur Zone Blanche – caméra-éclairage- ?

CN : Pour Zone Blanche,j’ai utilisé des caméras ARRI ALEXA MINI. Pour les plans à réaliser il était indispensable d’utiliser des outils de petite taille comme la mini Arri avec une tête stabilisée ce qui permet de cadrer dans des espaces réduits comme dans une grotte ou de la faire évoluer le long d’un câble; ce qui serait impossible avec les grandes caméras.

D’autre part, la caméra possède des filtres ND internes qui n’affectent pas la colorimétrie. En effet, avec d’autres caméras les filtres externes modifient les couleurs; ce qui n’est pas le cas des mini Arri.

Je n’utilise pas de Zoom et ne les aime pas .Les objectifs fixes ont ma faveur : des « cooke » 18mm /25mm/35mm. L’utilisation des objectifs fixes impose la réflexion. Dans cette série j’ai souvent utilisé le 18mm pour des gros plans; ce qui me permettait d’être très proche des visages.Impossible avec le zoom.

En argentique on réalisait beaucoup d’essais préalables concernant la fixité, la qualité des optiques utilisées. En numérique éclairage et étalonnage sont des paramètres indispensables . L’aspect final d’une image est fondamental. Je m’efforce de donner la même image à tous les participants du tournage que ce soit le réalisateur ou le décorateur. L’image de chaque moniteur est identique.

TRAVAIL SUR LA LUMIERE

CN : « Zone Blanche » série de huit épisodes de 52′ se déroule dans les paysages des Vosges, parsemés de forêts et de collines où le soleil disparaît rapidement; ce qui permet d’obtenir des images intéressantes et conformes au développement du scénario. Les réalisateurs et le scénariste souhaitaient une série d’atmosphères proche des séries noires.

Mon travail sur la lumière a été la recherche d’un style photographique en adéquation avec les paysages, les décors et les personnages. J’ai mélangé des sources froides et des sources chaudes ponctuelles que sur le plateau pour créer des contrastes de couleurs.

La complicité était totale avec les réalisateurs, le décorateur et tous les membres de l’équipe. Avant le début des tournages nous avons travaillé sur les décors et les couleurs. Nous avons eu une journée de réunion pour discuter uniquement de l’utilisation des couleurs. Je réalisais des photos de référence et sous chaque photo figurait une charte de couleurs. Nous avons décidé, par exemple, suite à cette réunion, de bannir la couleur jaune de tous les éléments.

Sur le plateau j’aime sentir les choses et chercher des solutions car je suis assez intuitif. Pendant les répétitions avec les comédiens je travaille avec un viewfinder. Je capte énormément de photos et les présente au réalisateur. On décide alors de mettre en place trois ou quatre plans avec précision. Le chef électricien y est évidemment associé. J’aime beaucoup la lumière naturelle et l’utilisation de sources naturelles dans le décor avec un mélange de lumière froide avec des points visuels de lumière chaude ou inversement. Dans les décors principaux nous avons utilisé des plafonniers conçus avec des néons. Le choix de bons axes est fondamental. J’ai aussi utilisé des lumières très douces.

Après une lumière de base les ajustements avec le chef électro se font rapidement car toutes les sources d’éclairage fonctionnent sur dmx sans fil. 

Le travail intuitif et la recherche d’une image organique nous imposent souvent d’essayer diverses solutions pour progresser dans notre adéquation entre les images et l’histoire.

La recherche d’un univers angoissant, étrange, mystérieux , parfois suffocant, glacial et glauque était primordial. La forêt , personnage principal engloutit toute la communauté qui vit dans cette ville qui semble appartenir à un autre univers. Ce challenge a, je pense, été réussi . J’ai collaboré aux quatre premiers épisodes et puis transmis les connaissance acquises à un collègue,Bruno Degraeve.

J’aime beaucoup travailler sur quelques épisodes d’une série et puis transmettre mon expérience à d’autres. Parfois j’interviens aussi au milieu d’une série.Cela me permet aussi d’apprendre des choses de la part d’un autre chef opérateur. Cela me semble être une bonne formule tant pour les directeurs photos que pour les réalisateurs. De nouvelles têtes et de nouveaux talents peuvent ainsi s’affirmer. De toute façon, six à sept mois sur une série c’est trop long pour un impatient comme moi.

L’AVENIR

Quel est votre prochaine série ?

CN : J’ai terminé une série tournée en France , à Nice, « RIVIERA. » Actuellement je prends un peu de repos avant de travailler sur une série tournée en anglais et intitulée VERSAILLES. Anton Mertens commence et je poursuis son travail. Je vais trouver là un autre univers constitué de costumes magnifiques, de décors d’ors et de lumières. J’aborderai là un syle très différent de celui de Zone Blanche.

Que vous a apporté la SBC ?

CN : Je suis membre depuis 2014 et très heureux d’appartenir à cette corporation de créateurs d’images. J’espère qu’à l’avenir je pourrai disposer de plus de temps pour assister aux réunions qui se déroulent souvent lorsque je tourne.

Interview réalisée par Robert Lombaerts