Interview de Renaat Lambeets à propos de la sortie de Problemski Hotel

Ce message est également disponible en : English (Anglais) Nederlands (Néerlandais)

Renaat Lambeets, membre SBC, chef opérateur et steadycamer respecté navigue entre le documentaire et la fiction. Il a travaillé sur des films aussi variés que Whatever Lola wants de Nabil Ayouch (2007), No man is an Island de Tim de Keersmaecker (2015), Snake Dance de Manu Riche et Patrick Marnham (2012), ou encore Any Way the Wind Blows de Tom Barman (2003).

Problemskihotel image du film 7

Problemski Hotel est la première fiction de Manu Riche, un des réalisateurs avec qui il collabore régulièrement. Le film est une adaptation du roman éponyme de Dimitri Verhulst, auteur flamand à succès, qui avait déjà écrit La merditude des choses, adapté au cinéma en 2009 par Félix Van Groeningen.

Problemskihotel image du film 4

Le film raconte la vie dans un centre pour demandeurs d’asile. Bipul (Tarek Halaby), un exilé qui vient d’un « putain de village oublié au fin fond du Nulle-part-istan » est amnésique. Il fait désormais partie des meubles. Il accueille et aide les nouveaux arrivants dans leurs démarches. Toutefois, en dehors de son amitié avec Maqsood (Gökhan Girginol), il évite de trop se lier aux exilés qui, comme il en a fait l’expérience de nombreuses fois, finissent toujours par repartir. Jusqu’au jour où il fait la connaissance de Lidia (Evgenia Brendes), qui rêve d’atteindre Londres.

Problemskihotel image du film 2

A l’occasion de la sortie belge de Problemski Hotel le mercredi 12 janvier 2016, j’ai contacté Renaat Lambeets et lui ai posé quelques questions sur son travail de chef opérateur :

Problemskihotel image du film 5

 

Renaat, comment es-tu arrivé sur ce projet ?

Renaat Lambeets : Je connais Manu depuis 1985. On s’est rencontrés à la VRT. Mais cela ne lui correspondait pas trop de travailler pour la télévision. Ce n’était pas assez artistique. C’est un auteur Manu, il fait toujours quelque chose de spécial.

 

C’est la première fois que vous travaillez sur une fiction ensemble, comment cela s’est passé ?

RL : Au début ça a été un peu difficile. Lorsque je travaillais en documentaire avec Manu, il ne regardait jamais les rushes avant d’arriver au montage. Sur ce film, au début en tous les cas, il était tout le temps derrière le moniteur, il voulait faire les cadres, etc. Je n’étais pas habitué et je lui ai demandé ce qui se passait. Mais bon les choses se sont réglées d’elles-mêmes après une semaine.

 

Quelle était votre méthode de travail ?

RL : Au début, Manu voulait changer les règles de la fiction. Il voulait tourner sans dire action, à l’insu des comédiens pour conserver leur fraîcheur, mais aussi, parce que le sujet étant très dur, ils avaient souvent des discussions très intéressantes sur le centre de réfugiés et leurs statuts hors caméra. Mais c’est compliqué de lancer le moteur alors que les électros sont toujours en train de chipoter à la lumière ou que l’assistant caméra n’a pas eu le temps de faire ses marques de point, j’ai dû un peu freiner cette volonté de filmer à tout bout de champ, tout en respectant l’envie de Manu d’être le moins rigide possible.

 

Comment s’est passé le travail avec les acteurs ? J’ai lu que beaucoup d’entre eux n’étaient pas des acteurs professionnels…

RL : Oui c’est vrai. Beaucoup de rôles secondaires ou de figurants étaient des réfugiés ou des demandeurs d’asile. Même les acteurs principaux : Tarek est un danseur palestinien qui a vécu un peu partout, Gökhan est d’origine turque, Evgenia du Kazakhstan…

Ils étaient tous très curieux de voir le résultat final. Ils sont venus à toutes les premières et avant-premières du film. Et sur le plateau, ils étaient très à l’écoute, ils n’osaient pas demander à voir l’image, etc…

 

Quelles étaient vos intentions à l’image ?

RL : Je connais Manu, donc je savais qu’il ne fallait pas faire trop de lumière. Pour lui, une belle lumière, c’est la lumière existante dans le lieu que tu filmes, même la nuit. Bien entendu, je pouvais rajouter quelques sources pour améliorer la photo, mais dans l’ensemble, il fallait partir de ce qu’on avait. Pour ce qui est du cadre, on a beaucoup travaillé en plan-séquence au steadycam ou à la main.

 

Quel matériel avez-vous utilisé ?

RL : On a tourné avec ma F55 et mes Cooke S4 qui sont très doux. Je préfére la F55 à l’Alexa, car elle est plus maniable, et les batteries consomment beaucoup moins. Par exemple, quand je suis en Afrique, je peux partir en brousse avec trois batteries pleines et tenir trois jours.

 

Et pour la lumière ?

RL : Je n’ai pas de source à moi, on a loué chez Lites. La plupart du temps, je laisse mes électros décider où ils préfèrent louer le matériel lumière. Les plafonds étant très bas, on a surtout utilisé des tubes néons en 4300°, ce qui me permettait de tourner à la fois en jour ou en nuit, sans perdre trop de diaphragme. Sinon, j’ai aussi utilisé des kinoflos et une fois, un HMI.

 

Quel était votre budget sur ce film ?

RL : Je connais pas le budget total du film, mais nous avions très peu de moyens.

 

Qui étaient vos chefs de poste sur ce film ?

RL : René Haan était mon chef électro. C’était la première fois que je travaillais avec lui. Manu a décidé de commencer à filmer assez soudainement, donc j’ai du trouver des gens disponibles immédiatement. Mais ça s’est très bien passé. Nicolas Mambourg était mon chef machino. J’ai l’habitude de travailler avec Veroni Londers comme assistante caméra. Pour ce qui est de l’étalonnage, je fais tous mes films avec Frank Temmerman. Nous avons fait la majeure partie de l’étalonnage chez Het Raam à Amsterdam (le film est une coproduction hollandaise). Et nous avons fini chez Option Media à Malines.

 

J’ai lu qu’en dehors de quelques scènes en extérieur, vous avez tourné dans un décor quasi unique.

RL : Oui, on a tourné dans l’ancien building de la banque BNP Paribas. Ils sont en train de le démolir. Il était complètement vide. Mais c’était tant mieux, ça a laissé le champ libre à l’équipe déco pour faire du beau travail. Travailler dans ce genre de bâtiment c’est super, parce qu’on peut faire ce qu’on veut. La seule difficulté du lieu c’était la gestion des fenêtres. Il y en avait partout, on devait beaucoup jouer sur les contre-jours.

 

Que penses-tu du résultat du film ?

RL : Je suis très content du résultat. Le film a déjà reçu de bonnes critiques et il est nomminé au festival de Rotterdam (27 janvier au 02 Février), mais aussi au Cinequest (du 1 au 13 mars) et au Ramdam, dans la catégorie Ramdam de l’année. Je ne connaissais pas ce festival, mais visiblement c’est le festival du film qui dérange. Il a lieu du 18 au 26 janvier.

 

Equipe :

Premier assistant opérateur : Veroni Londers

Chef machiniste : Nicolas Mambourg

Chef électricien : René Haan

Etalonneur : Frank Temmerman

 

Technique :

Matériel caméra : F55 et Cooke S4 personnels.

Lumière : Lites

Etalonnage : Het Raam et Option Media

 

Photos  de plateau :

Problemskihotel set 1

Problemskihotel set 2

Set photos from 'Problemski Hotel', directed by Manu Riché.

Set photos from 'Problemski Hotel', directed by Manu Riché.