Fin de l’épopée « Hommes d’Argile »de Mourad Boucif

« Hommes d’Argile » de Mourad Boucif, photographé par Michel Baudour.

 

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Après avoir produit et réalisé « Les Portes du Sacrifice » mettant en valeur les contingents de soldats marocains enrolés dans l’armée française et expatriés afin de défendre l’agression allemande en 1940, Mourad Boucif écrit avec l’aide de Luc Jabon, scénariste notoire, une fiction intimiste qui reprend l’aventure d’un de ces jeunes marocains enrôlés , par ruse, pour défendre la France face à une agression.

Démarré en 2008 le tournage de « Larmes d’Argent » a fait couler beaucoup de larmes, sans argent.
Le choix de la Sony 900 avec le zoom Fujinon « cinéma » s’est imposée après avoir commencé le film en super 16 avec une série Zeiss Mark 3 GO et l’excellent Zoom Canon 8 -64 mm et un filtre « antique » qui nous donnait au plus proche le ton de l’image.

En fait, l’abandon du super 16 est motivé pour une raison de production, la caméra Sony étant mise en participation par Axis One /Tatou à Bruxelles.

Le tournage « militaire » se déroule à Marche-en-Famenne, avec une équipe professionnelle, complète dont un chef décorateur doué et exigeant, Geneix, qui s’était déjà distingué sur le film de Gabriel Le Bornin « Les Fragments d’Antonin » ( DOP P.Cottereau afc ).
Puis la production remercie une grosse partie des professionnels pour tourner au Maroc,affirmant que le Maroc fournirait les professionnels marocains,( direction prod,régie, ingénieur du son, scripte, maquilleuse, costumes, électros, machinos…) mieux adaptés au pays, loi de co-production oblige, dans les montagnes près d’Agadir, dans des décors naturels superbes.
Au retour de ce premier tournage marocain, la caméra Sony, comme mon matériel personnel : travelling Key West, Velum, HMI Joker 400,mes Dedolights, 2 Twin Avolon, etc…sont volés. Premières larmes.

Deuxièmes larmes : Mourad décide de changer son comédien principal par un jeune non-comédien qu’il dirige avec complicité et maîtrise…et avec succès ainsi que sa comédienne marocaine par une excellente comédienne péruvienne , Magaly Solier, vedette de « Altiplano » de Brosens et Woodworth. Quel bonheur de travailler avec elle !

AxisOne/Tatou sera évidemment peu enclin à participer à nouveau à une production qui bat de l’aile et à fournir une nouvelle caméra équipée.

Mais je ne vais pas faire le journal de nos aventures marocaines bis et tris mêlées à nos retournages en Belgique à Braine le Château : c’est un roman.

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Après le tournage en HD Sony, nous avons 1 (une) journée de prise de vues avec l’Alexa et ma série Zeiss GO ( première série avec le diaph en triangle, que j’adore ).
Le choix s’impose naturellement : toutes les séquences « françaises » avec la série Zeiss et les prochaines séquences au Maroc, la vie avant l’enrôlement, avec mon vieux zoom Angénieux 25- 250, beaucoup plus doux et qui convient bien à l’esprit pour le film…et moins cher pour la production.

La production me fournit une Red Scarlet sur laquelle j’installe mes Zeiss pour les séquences militaires et mon Zoom pour les séquences marocaines de la vie quotidienne.

Tournage à Braine-le-Châeau, puis tournage Maroc à Berkane, interrompu par décision de la production par manque d’argent. De l’équipe initiale, je suis le seul survivant.

Quelques plans encore en Belgique puis nouveau tournage dans le sud marocain , dans les hauts plateaux où la terre est ocre, rouge.
Un petit camion, sans étagères, dans lequel est entassé le matériel caméra ( Red Epic ), ma valise d’optiques, le matériel de travelling, l’éclairage,les pieds : un vrai bordel.

Il est évident que les rapports de scripte disparaissent et qu’une partie s’est tournée à 24 i/sec, le reste à 25 : on est bien barré.

Inutile de dire que certains plans larges du premier tournage avec le comédien principal viré sont gardés , qu’il nous faut les raccorder, avec la Red avec des plans serrés du nouveau comédien, que des champs tournés en Belgique, avec la Sony doivent raccorder avec des contre-champs avec la Red au Maroc. Certaines séquences ont été tournées à Marche-en-Famenne, avec rapproché dans l’axe à Braine-le- Château, puis contre-champ au Maroc.

Tout cela pour dire les astuces nécessaires à l’étalonneur, Adrien, au Studio l’Equipe, pour donner une unité de contraste, de ton, de piqué, de modelé avec ces mélanges de lieux d’une part, mais surtout de caméras Sony 900, d’Alexa, de Red et même de 5D Canon.

Cela a pour conséquence directe, en dehors de l’étalonnage proprement-dit que la Sony enregistre un signal en REC 709 ( linéaire), comme le 5D alors que l’Alexa, comme les Reds enregistrent un signal logarithmique en Log C qui nécessiteront un LUT pour retrouver le REC 709 linéaire.

La machine d’étalonnage ( le Mistika en l’occurrence) équipée de LUT pouvant accepter toutes ces caméras multiples, m’ont permis de jouer avec plaisir et d’intervenir, en dehors du plateau, sur la dramaturgie du film. De nombreuses fois, j’ai modifié les couleurs – ou non-couleurs – à l’intérieur du plan, parfois même sur des périodes très courtes ( 5 secondes avec fondu de 4 secondes ) , ce qui était quasi impensable il y a quelques années sauf en technicolor.

Et je ne parle pas de ce que tout le monde applique maintenant , les étalonnages des parties de l’image, les dégradés, les patates.

Les larmes ont coulé mais « Hommes d’Argile » existe maintenant, après 8 années d’aventures, 8 années d’évolution des techniques de caméras, des techniques d’étalonnages, des techniques de trucages et surtout 8 années de lutte.

 

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