Bruno Degrave à propos des « Rivières Pourpres »

Ce message est également disponible en : English (Anglais) Nederlands (Néerlandais)

Après les deux films à succès tirés de son roman éponyme, Jean-Christophe Grangé propose la suite des Rivières Pourpres, mais cette fois-ci en série. Bruno Degrave, SBC, nous raconte son travail sur cette série franco-allemande de huit épisodes pour France 2 et ZDF.

Synopsis :Suite à l’affaire de Guernon au milieu des années 2000, l’emblématique capitaine Pierre Niemans est muté à la tête de l’Office Central contre les Crimes de Sang (OCCS). Cette nouvelle unité traite des affaires les plus complexes, où les indices sont peu nombreux, et où les meurtres en série se doivent d’être résolus au plus vite. C’est au cours d’une mission particulièrement difficile que Niemans tombe par hasard sur sa meilleure élève et fille spirituelle, Camille Delaunay.

Réalisateurs : Episodes 1, 2, 7 et 8 Ivan Fegyveres, épisodes 3 et 4 – Julius Berg, épisodes 5 et 6 – Olivier Barma.

Production :Europacorp, Umedia

Casting principal: Olivier Marchal et Erika Sainte

Pourrais te présenter en quelques mots : tes études, ton parcours etc ?

BD :Je suis né il y a tout juste 50 ans et j’ai grandi à la campagne principalement avec mon père. Diplômé de l’école buissonnière à 15 ans, je me suis installé à Bruxelles chez ma maman (Danny Degrave) qui avait un boîte de production avec mon beau-père (Michel Huisman) « Les Grandes Productions ». Ils m’ont mis le pied à l’étrier, m’ont fait découvrir un univers inconnu, et ce milieu m’a très vite séduit. Je suis entré comme assistant à tout faire dans l’entreprise à 16 ans, et en suis sorti comme caméraman indépendant à 19, en 1986 donc.

La suite a été faite de petits tournage d’interviews, de clips vidéo, de films corporate de plus en plus sérieux, de petites pubs etc… Puis plus tard vers le début des années 2000, un premier court métrage avec mon ami Lionel Jadot, qui m’a donné goût à la fiction. Venant d’un apprentissage en dehors des clous, en mode autodidacte, mon réseau de contacts n’était pas forcément du côté de la fiction, ce qui fait que cela a mis un peu de temps à se mettre en place.

Depuis quelques années, j’enchaîne des tournages de films indépendants, de téléfilms et de séries pour Canal+, TF1 et France 2, pour qui j’ai tourné ses deux dernières séries : Zone Blancheoù j’ai continué le travail de Christophe Nuyens qui m’a accordé sa confiance sur les épisodes 5 à 8, puis tout dernièrement Les rivières pourpres, pour laquelle j’ai assumé seul les huit épisodes de la première saison.

Quel est le sujet de la série selon toi ?

BD : La série est faites de quatre enquêtes policières de 2 épisodes chacune. Le commissaire Niemans (joué par Olivier Marchal) est muté à la tête de l’Office Central contre les Crimes de Sang (OCCS). Avec une collègue, Camille Delaunay (jouée par Erika Sainte), ils sont envoyés aux quatre coins de la France, dans des régions où les légendes, les paysages et les traditions, se mêlent à des meurtres compliqués.

Comment es-tu arrivé sur ce projet ?

BD :C’est le réalisateur Ivan Fegyveres qui préparait le casting de sa future équipe technique chez Umedia qui m’a appelé.Il avait entendu parlé de moi et souhaitait me rencontrer. Les choses se sont vite confirmées.

Comment s’est passé la collaboration avec les réalisateurs ?

BD :Très bien ! Même si ce n’était pas forcément simple de rentrer dans une aventure de cette envergure seulement trois semaines avant le début du tournage. Et encore moins d’enchaîner avec les trois réalisateurs, sachant que le deuxième et le troisième ne pouvaient pas trop compter sur moi pour faire leurs prépas, vu que nous avons enchaîné les passages d’un bloc à l’autre sans avoir un jour de break, principalement en raison des disponibilités d’Olivier Marchal qui devait jouer au théâtre dans la foulée.

J’avais d’ailleurs proposé que nous soyons deux chef opérateurs, mais la prod souhaitait que j’assure les huit épisodes. Il a donc fallu être très malléable et généreux (Rires) pour tenir le coup sur 88 jours de tournage et une vingtaine de jours de repérages (souvent en 6ème, voire en 7ème jour). Les réalisateurs aussi l’ont été et ce fût de belles rencontres.

Le plus dur a été de devoir quitter un réalisateur au moment où on commence à avoir une vraie connivence  et des automatismes, pour passer au suivant qu’il faut apprendre à connaître et qui a ses propres envies, souvent très différentes de son prédécesseur…

Comment s’est passé la prépa ?

BD : Comme je le disais, je n’ai eu que trois semaines de préparation, dépensées principalement en repérages, plus les jours ci-et là les week-ends.

J’ai quand même fait une série de tests sur différentes optiques, car Ivan souhaitait de l’anamorphique, ce que je n’ai pas retenu au final pour deux raisons principales. Tout d’abord, parce que la série est destinée à un format 2/1 pour France 2, mais à du 16/9 sur la chaîne Allemande de ZDF, ce qui signifie que chez eux la confo cadre aurait fait perdre les côtés de l’image. Ce qui était d’autant moins intéressant que nous aurions perdu par la même occasion les jolies aberrations des anamorphiques qui sont en général plus marquées justement sur les côtés. En outre, la série anamorphique que j’avais testé chez Hawk était formidable, mais hors budget pour cette production, et la série à laquelle j’avais accès chez notre loueur, Next Shot, manquait de caractère. A contrario, et par chance, je pouvais avoir accès chez eux à une série sphérique à grande ouverture, les Summilux de Leica. Et comme je savais qu’il y avait beaucoup de nuits prévues et que j’aurais des moyens réduits pour les éclairer, j’ai opté pour cette série qui me permettait d’avoir des optiques de qualité et qui ouvrent à 1.3, ce qui m’a été très utile de nuit.

Quelles étaient tes intentions à l’image ?

BD :Les intentions de départ du premier réalisateur étaient de faire une image un peu plus dark que les séries habituelles, mais tout en me faisant savoir que France 2 ne le souhaitait pas trop, et ne voulait en aucun cas que nous fassions le même type d’image queZone Blanchequi était très dark.

J’ai donc opté pour une image relativement classique au final, avec des éclairages relativement doux et une LUT qui tassait un peu les basses lumières et délavait les couleurs.

 Les Summilux me permettaient de jouer sur une faible profondeur de champ pour masquer les décors sur lesquels nous aurions moins de chance, mais aussi donner un rendu plus cinématographique en travaillant très ouvert.

As-tu eu à résoudre des problèmes particuliers ?

BD :Oui, comme nous avions beaucoup de nuits, et pas forcément le temps et les moyens de faire beaucoup de points de lumière, j’avais demandé à ce qu’on ait de la fumée sur les extérieurs, afin de pouvoir faire ressortir les silhouettes et créer une ambiance. Seulement la prod est très vite venue vers moi pour me faire savoir que les équipes effets spéciaux qui venaient chaque fois pour gérer ça leur coutaient trop d’argent, et que je devrais me passer de fumée quand ils n’étaient pas là pour d’autres choses.

J’ai donc pris la décision de m’acheter mes propres machines et de les louer à prix sympas. Heureusement mes partenaires du département électro, Jojo, Marcel, Denis & Co, ont acceptés gentiment de courir avec moi pour déplacer ces machines en fonction du vent ! Et cela nous a bien sauvé. Merci à eux !

Combien de temps et où avez-vous tourné ? 

BD :Comme je le disais nous avons tourné quatre-vingt huit jours en Belgique, de Saint Hubert à Dunkerque en passant par Roeselaere, Bruxelles, Nivelles, Charleroi etc.. 

Quel matériel as-tu utilisé à la caméra ? 

BD :Nous avions deux Arri Mini louées chez Next Shot en collaboration avec Eye Lite.

Peux tu développer un peu ce que tu as fait à la lumière ? 

BD :Pour la lumière, j’ai travaillé avec des sources douces et une LUT plus dure. Les sources principales étaient des Smartlights, pratiques, rapides à placer et suffisamment puissantes pour éclairer 85% des plans sur ce tournage. Jojo Bulterys et Marcel Bulterys ce sont partagés le travail comme chefs éléctro. 

Nous avons tourné la moitié du temps en intérieur et l’autre en extérieur.

Pour les nuits, on utilisait peu de sources (une ou deux), mais on a mis de la fumée pour faire ressortir les silhouettes, car nous avons eu pas mal de nuits quand même, parfois avec des plans très larges et des moyens limités malgré tout, même si nous avons pu obtenir à deux reprises des ballons à hélium. Nous avons aussi utilisé des HMI 6KW pour les contres de nuit, placés sur des nacelles de 18 à 23 mètres selon les décors.

Pour une des scènes de nuit qui se tournait sur une bute boisée, on n’avait aucune possibilité d’accès pour une nacelle. Mon idée a été de placer très haut dans cinq arbres différents, des FlexLite 30X30. Ce sont des sources peu puissantes, mais je pouvais me le permettre vu que j’avais des optiques à grande ouverture et cela a très bien fonctionné. Mon chef électro a dû faire appel à un grimpeur pour aller les placer à environs 12 mètres du sol dans les arbres.

Pour le reste, on a aussi remplacé les tubes néons des décors, et placé nos ampoules dans les sources apportées par la déco, afin de pouvoir adapter les températures de couleurs notamment, ce qui se fait sur la plupart des tournages… tout comme l’utilisation de réflecteurs pour compenser et créer une brillance dans l’oeil des comédiens.

Mon souhait était de faire une image proche du naturel, pas trop lumineuse pour rester dans l’esprit d’une série dramatique quand même, mais pas trop sombre non plus, pour respecter le souhait du client (Rires).

Tu cadrais toi-même ? 

BD :Oui je cadrais la caméra une et il y a eu cinq cadreurs pour se partager la deuxième dont quatre au steadicam : Manu Alberts, Benoit Theunissen, Nicolas Savary, Olivier Merckx et Didier Schokkaert.

En fonction des réalisateurs, le quota d’épaule ou de stead était très variable, mais je dirais qu’environs 20% de l’ensemble est tourné à l’épaule, 25% au stead, 20% en dolly et le reste en fixe ou sur slider.

Comment s’est passé le travail avec les acteurs ? 

BD :Très bien ! De belles rencontres !!! Des comédiens talentueux et, avec qui, ce fût un plaisir de travailler, même si la fatigue a parfois rendu les fins de nuit assez difficiles, mais c’est tout à fait normal… et leurs résistance sur la longueur était tout à fait remarquable.

Comment s’est passé la collaboration avec les autres départements ? 

BD :Nous avons eu trop peu de temps pour partager convenablement nos intentions et nous aurions sans doute pu optimiser encore notre travail d’équipe, mais chaque département a été très pro et tout s’est passé sans accro.

L’équipe déco, dirigée par Perrine Rulens et Luc Noël, a dû relever, peut-être encore plus que les autres, un défi hors norme, car ils sont entrés en fonction à peine dix jours avant le tournage si je me souviens bien ! Et les repérages se faisaient en même temps, avec des pertes de décors validés et des déplacements dans toute la Belgique… Bref pas simple ! 

Sais-tu quel était le budget ? 

BD :Je crois avoir entendu qu’il y avait 800 000 euros par épisode, avec un petit apport supplémentaire de ZDF mais je ne pourrais le certifier… et puis un peu de dépassement bien sûr (Rires).

As-tu eu recours à des installations extrêmement coûteuses ou rares ?

BD :Pas vraiment, à part l’utilisation de ballons à hélium à deux reprises, d’une grue de 15 mètres à une occasion et d’un véhicule équipé d’une tête stabilisée une ou deux fois, le reste était tout à fait classique.

Plus haut tu parles de LUT, as-tu eu recours à un DIT  ? 

BD :Une LUT oui, mais pas de DIT. C’est Ada, la deuxième assistante caméra qui se chargeait des back ups. 

Avec Frank Ravel, mon étalonneur, nous avons deux jours et demi par épisode de 52 minutes. Nous étalonnons au Studio l’Equipe.

On a eu relativement peu d’effets spéciaux, hormis quelques effacements de corps, l’intégration d’un cerf, un peu de green key et de la stabilisation sur des plans tournés en forêt depuis un véhicule.

Que penses-tu du résultat final de la série ?

BD :Je n’ai pas le recul nécessaire et je vois surtout la technique pour l’instant, dont je suis satisfait pour une grande part. Avec malgré tout le regret que nous ayons eu trop peu de préparation, car je pense que nous aurions pu aller plus loin évidement. J’espère pouvoir regarder cela bientôt en ne pensant plus technique et en me laissant porter… 

Matériel :

Caméra :Arri Mini, Next Shot en collaboration avec Eye Lite.

Lumière :Eye Lite

Machinerie :KGS

Equipe :

1er AC :Olivier Craeymeersch.

Chefs électos : Jojo Bulterys et Marcel Bulterys

Chef machino : Nicolas Lemoine

Cadreurs deuxième caméra : Manu Alberts, Benoit Theunissen, Nicolas Savary, Olivier Merckx et Didier Schokkaert

Étalonneur :Frank Ravel