Frédéric Noirhomme à propos de Weldi

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Nous avons profité de la sélection de Weldi de Mohamed Ben Attia à la quinzaine des réalisateurs à Cannes pour poser quelques questions à Frédéric Noirhomme, SBC, sur son travail de la lumière.

 

 

Weldi (titre original en tunisien) / Dear Son (titre international) / Mon cher enfant (titre français) de Mohamed Ben Attia.

Synopsis : Riadh s’apprête à prendre sa retraite de cariste au port de Tunis. Avec Nazli, il forme un couple uni autour de Sami, leur fils unique qui s’apprête à passer le bac. Les migraines répétées de Sami inquiètent ses parents. Au moment où Riadh pense que son fils va mieux, celui-ci disparaît.

Casting : Mohamed Dhrif (rôle principal), Zakaria Ben Ayyed (le fils), Mouna Mejri (la mère), Imen Cherif (la confidente du père).

Productions : Dora Bouchoucha, Nomadis Images (Tunisie), coproduit par Les Films du Fleuve (Jean-Pierre et Luc Dardenne, Belgique), et Tanit Films (Nadim Cheikhrouha, France).

Format : 1:2,40

Durée : 104′

 

Est-ce que tu pourrais te présenter en quelques mots : tes études, ton parcours etc ?

FN : J’ai étudié à l’INRACI de 2000 à 2003. Après un trimestre en photographie, j’ai continué en section cinéma, option image. Là, je me suis particulièrement intéressé et investi dans le cinéma documentaire « de création ». C’est d’ailleurs dans le documentaire que j’ai commencé à bosser. J’ai tout de suite fait face aux questions de cadre et de lumière sur mes premiers boulots. Et puis par la suite se sont enchaînés des court-métrages de fiction, puis des longs fauchés, quelques documentaires encore, puis un peut tout en alternance et de moins en moins fauché pendant quelques années. Je dirais que ça fait 6-7 ans que les long-métrages de fictions se succèdent.

 

 

 

Quel est le sujet du film selon toi ?

FN : Le film raconte l’histoire de Riadh, un homme d’une soixantaine d’années est à l’aube de sa pension. Sami, son fils étudie pour passer le bac. Tandis que Nazli, sa femme, preste un mi-temps d’enseignante dans une autre ville. L’histoire démarre sur l’inquiétude des parents faces aux migraines chroniques de leur fils unique. Ils sont un peu surprotecteurs mais très aimants. Intervient ensuite les questionnements de Riadh sur son couple, le vide de ses journées après sa pension. Un matin, leur fils disparaît. Ils apprennent son départ pour Daesh en Syrie. Cet événement pousse Riadh à s’y rendre, il veut récupérer son fils. Son voyage vers la Syrie via la Turquie sera le moment d’une profonde introspection. Il s’interroge sur le sens de sa vie, ses erreurs, ses choix…

C’est un film qui raconte la remise en question des choix d’une vie. C’est une critique du dogmatisme, du poids de la norme sociétale. Certaines communications autour de « Weldi » parlent d’un film sur le départ en Syrie d’un adolescent. Mais cette fracture dans le film n’est que le déclencheur de la remise en question pour un père, Riadh. Elle est la conséquence du refus de Sami, le fils, de se soumettre à cet héritage moral dans un contexte social, politique et médiatique qui manque d’horizons réels pour un jeune homme aujourd’hui.

Le film parle d’introspection, de souffrance, de petites joies, et du quotidien aveugle. Il ne développe pas le fait divers. Le départ pour Daesh en Syrie peut sembler aujourd’hui moins d’actualité, mais le film ne s’inscrit pas dans cette problématique. Ce que je veux dire s’illustre par cette anecdote : lors du tournage à la cité de Radès, au sud de Tunis, nous étions installés pour un plan en extérieur jour. Notre présence était connue de tous les riverains depuis plusieurs semaines. Malgré la modestie du déploiement technique (une caméra, une voiture à l’arrêt et un acteur), un homme d’une soixantaine d’années, à l’allure bourgeoise et au français raffiné, nous a abordé avec politesse. Il nous a interrogé sur le sujet du film, et dans la discussion, il nous a précisé que son fils aussi était parti pour le jihad en Syrie. Depuis il est sans nouvelle de lui ce qui rend sa souffrance toujours aussi vive. Même si le départ n’est pas d’actualité, les questions fondamentales qui depuis, traversent ce père et ses introspections ne sont pas du tout obsolètes. De la même manière Weldi se tisse à travers tout un tas de facettes anodines de la vie et du quotidien. On est au cœur d’une famille ordinaire.

 

 

C’est ton deuxième long-métrage avec Mohammed n’est-ce pas ?

FN : En effet Mohamed et moi avions collaboré sur son premier film Hedi, un vent de liberté. Cette première collaboration s’était bien passée et ce premier film était très réussi avec quelques distinctions comme un ours d’argent d’interprétation et meilleur premier film en compétition à Berlin, le Prix Lumière du meilleur film étranger et d’autre belles récompenses. Le tournage de Hedi était une vrai rencontre pour moi avec Mohamed. Je gardais un excellent souvenir de ce tournage, de la Tunisie, et des autres personnes qui on fait ce film, en particulier Dora Bouchoucha et Lina Chaabane chez Nomadis. Tout ça fut encourageant pour une nouvelle collaboration mais tout pouvait encore arriver, ou ne pas arriver ! Déjà lors du tournage de Hedi, Mohamed parlait des grandes lignes de ce qu’est devenu ce film. Plusieurs mois plus tard, il m’a proposé à nouveau de travailler avec lui. J’étais très heureux et très enthousiaste à l’idée de redémarrer une collaboration avec lui, de replonger dans son univers… C’est selon moi du vrai cinéma, c’est le genre de film que j’aime voir et faire ! Quelques mois avant le tournage. Il m’a invité lire à une ou deux versions de scénario, puis la préparation a assez rapidement démarré.

 

Comment s’est passé cette deuxième collaboration ?

FN : Ça c’est très bien passé, mais ce fut intense. Les conditions humaines, techniques et matérielles du tournage étaient sensiblement le mêmes que sur Hedi, mais le film était beaucoup plus ambitieux. On avait beaucoup plus de décors, des décors contraignants, sur deux pays (la dernière semaine de tournage s’est faite à Istanbul avec une équipe image turque). Le film se raconte sur une année et le tout est filmé uniquement en plans séquence et à l’épaule.

 

 

Notre collaboration fut malgré tout plus efficace. Avec un film derrière nous, c’était plus évident de lui faire des propositions justes, de ressentir et mettre l’accent sur ce qui lui importait, de comprendre ses intentions et le fond de l’histoire qu’il voulait raconter, d’accéder à l’essentiel de chaque séquence. En cela ce tournage était très enthousiasmant, enrichissant et exigeant !

J’en garde un excellent souvenir malgré une fatigue intense. En plus, nous sommes partis en famille avec un bébé d’un mois et demi et Caro, ma compagne, était première assistante mise en scène comme sur Hedi. Cette fois nous remettions le couvert dans une configuration légèrement différente, en famille, et sur son hypothétique congé de maternité… pas très reposant au rythme de 6 jours par semaine et 10 à 12 heures de tournage par jour. Après nous savions où nous allions, pourquoi nous y allions, et avec une production tunisienne que nous considérons presque comme une famille. C’était fou, génial et trash. Ça en valait vraiment l’investissement.

 

Impressionnant  en effet!Comment s’est passé la prépa ?

FN : Mohamed m’a envoyé son scénario quelques mois avant le tournage. J’ai pu lire par la suite d’autres versions et y comprendre les modifications. Cette étape de lecture est assez précieuse. Elle m’a permis d’apprivoiser le film et d’en apprécier les nuances avant la préparation sur le terrain. Les choses sérieuses on débutées à la rentrée dernière. Nous sommes parti nous installer à Carthage le 15 septembre pour un tournage qui a débuté le 30 octobre. J’ai fait quelques aller-retours pour Bruxelles, mais ma prépa s’est étalée sur les 6 semaines de prépa de Caro. Pendant ce temps de préparation, nous avons imaginé le film avec Mohamed dans les décors principaux. Nous avons passé beaucoup de temps dans l’appartement à Rades. La volonté de Mohamed était de tout filmer en plan-séquence. Il fallait donc adapter le décor en fonction. Définir l’affectation des pièces et des chambres, adapter le scénario à d’autres espaces afin de préserver un bon rythme dans le film… Le travail de la chef déco, Fatma Madani, a été précieux sur ce film. Avec Mohamed et les personnes qui avaient la mal-chance de nous croiser en prépa (rires), nous avons filmé au smartphone la plupart des plans, ça nous a permis d’adapter nos idées, de déceler les éléments qui dénotent et de nous concentrer sur l’essentiel.

 

 

Quelles étaient tes intentions à l’image ?

FN : Le film s’ancre dans le quotidien. Il fallait une lumière réaliste mais qui souligne néanmoins les intentions. C’est véritablement une lumière au service de la narration plutôt qu’au service de l’image. J’ai joué sur les contrastes et la chaleur pour marquer les ellipses et les saisons, sur les oppositions de couleurs dans le rapport intérieur/extérieur pour installer les lieux. Pour les scènes en Tunisie et de nuit j’ai éclairé les intérieurs incandescents et les découvertes froides type mercure, tandis qu’en Turquie j’ai joué l’inverse : des intérieurs aux TLs froids ou aux lampes économiques et les extérieurs aux sodiums. Ça a un peu aidé sur certaines triches de décors turcs tournés à Tunis. Mais le plus gros challenge est resté la contrainte du plans-séquence. Le personnage de Riadh a rythmé toute sa vie sans se poser de questions en suivant les règles et œillères dont il a hérité. Sa vie a été un mouvement continu, sans reculs ni interruptions. Le rythme du film devait s’inscrire aussi dans cette logique incessante. Le plan-séquence s’est imposé.

 

As-tu eu à résoudre des problèmes particuliers ?

FN : Il fallait penser des installations générales qui fonctionnaient dans tous les axes. Il est arrivé que dans les répétitions, nous décidions de changer complètement la mécanique du plan. Dans l’appartement de Radès, la caméra traverse souvent 4 ou 5 pièces avec des retournements complets. Le salon et la salle à manger sont régulièrement balayés sur 360°. Heureusement les plafonds n’étaient pas trop bas. Tout a pu être équipé de plafonds techniques sur les pièces principales. Enfin le salon avait une grande baie vitrée qui donnait sur le balcon et je ne pouvais pas souvent compenser avec des sources depuis l’extérieur car soit la caméra sortait fréquemment soit elle découvrait l’entièreté des extérieurs.

 

 

Combien de temps a duré le tournage ?

FN : Nous avons tourné 6 semaines de 6 jours en Tunisie et une semaine en Turquie dans la région d’Istanbul, côté européen.

En Tunisie, la majorité des scènes se sont tournées à Radès au sud de Tunis. La cité, le port, et beaucoup de décors secondaires s’y sont tournés. La géographie générale du film et de ses décors est en fait assez réaliste et respectée, sauf bien-sûr la région de Karkemish et Jarablus qui a été recomposée par différents décors autour d’Istanbul et de Tunis. Ça n’a pas été trop compliqué, globalement la Tunisie est un pays qui possède une diversité de décors assez incroyable.

 

Quel matériel as-tu utilisé à la caméra ? Qu’est ce qui a déterminé ce choix ? 

FN : J’ai utilisé une Arri Alexa Mini en ARRIRAW avec une série Leica Summilux-C. Le terme « série » est un peu gourmand, car je n’ai sorti que le 29mm. Tout le film, à part 3-4 plans, s’est tourné avec cette seule focale. Ce n’était pourtant pas une volonté. Lorsqu‘il a fallu tourner le premier plan du film, je savais que j’allais utiliser une focale entre le 25 et le 35mm. Au final, en Open Gate et avec le recadrage du 2,40 c’est le 29mm qui nous offrait le meilleur rapport de perspectives, la souplesse voulue pour faire vivre un plan-séquence avec des moments en gros-plan et des moments plus larges, la possibilité de jouer sur la sensation d’urgence ou de quiétude à l’image, la possibilité de faire vire le hors-champs, etc. Au bout de quelques jours, on a remarqué que cette focale allait faire tout le film.

Le choix de l’Alexa Mini a été motivé par le fait que tout le film s’est cadré à l’épaule. La série optique quant à elle a été choisie pour plusieurs raisons : Elles sont légère et compactes, ont une grande ouverture ( 1/3 du film se passe de nuit), et elles sont très « résistantes » aux flares. Dans notre approche naturaliste, sans effets, elles ont été l’outil idéal dans les contre-jours et leur rendu des matières et détails tout en gardant une légère douceur.

 

 

Brice Dejardin était ton 1er AC. Tu avais déjà travaillé avec lui. Comment s’est passé ce 2ème long ensemble et à l’étranger ? 

FN : En effet Brice et moi avions travaillé ensemble sur « Rattrapage » de Tristan Séguéla. Pour ce film nous étions en anamorphique avec pas mal de scène de nuit. Il m’avait surpris à rentrer les plans au point sans jamais prendre de temps à tirer des mesures et sans redemander des prises. Avec lui la caméra est toujours prête avant l’heure, comme par magie. Il était tout comme moi assez bon public à l’humour du film. Je garde un excellent souvenir de ce tournage. Quand j’ai appris que je devais partir avec un belge, la commande était claire, il fallait quelqu’un qui soit bon au point. Mohamed est très sensible dans sa mise en scène et peut être convaincu par la prise 1 ou 50 pour un détail. Il fallait garantir l’utilisabilité de tout ce qu’on allait tourner. Brice a rendu cela possible, presque tout était utilisable alors que nous étions à l’épaule avec des variation de mécanique fréquentes et imprévues.

 

Quel matériel as-tu utilisé à la lumière ? 

FN : Nous avions équipé tous les plafonds de LiteMats et les fenêtres de SmartLights. Les LiteMats ont été notre choix le plus judicieux. Avec leur grilles argentées, il était assez simple de leur donner la direction voulue sans être trop diffus. Je voulais malgré tout des sources larges en surface pour garder un maximum de naturel. Antoine Bellem, mon chef électricien, contrôlait l’intensité de la plupart des sources en wifi, et le passage d’effet jour/nuit était assez rapide grâce à leur fonction bi-colore. La compensation des contre-jours s’est dosée avec nos LEDs également. Leur puissance était suffisante car il ne fallait pas trop compenser justement. Je voulais toujours rester un peu retenu, toujours subir la situation extérieure pour garder un maximum de réalisme. Le rapport intérieur/extérieur a été déterminant, il fallait toujours sentir les barres d’immeubles en vis-à-vis dans la cité, garder un potentiel claustrophobe, obstruer les découvertes et échappées par du bâti et une présence de voisinage. Mohamed et moi nous ne voulions pas sentir une intervention ou une volonté de style. Il fallait un accès direct aux comédiens, à la scène et ce qui s’y raconte. Les intentions dramatiques étaient travaillées par les axes des sources naturelles ou diégétiques. La tâche était difficile car nous avions la volonté de ne jamais allumer de lampes « in ». Il n’y a ni lampe de bureau, ni lampe sur pied, ni lampe de chevet. À part deux appliques murales couplées au plafonnier dans une chambre, les seules sources « in » de nuit étaient soit des ordinateurs, soit un radiateur électrique ou ce genre d’objets usuels. On a beaucoup travaillé les mécaniques en préparation et en début de journée avec les comédiens, ce qui m’a permis d’être au bon endroit avec la caméra et d’orienter leurs positions et déplacements en fonction de cela le plus possible, sans dénaturer le jeu, le rythme et la lecture du plan.

 

 

Tu as loué le matériel en Tunisie ?

FN : Non, la caméra et la lumière venait de chez Eye-Lite. C’est déjà eux qui nous avait fourni pour Hedi. Ils ont été d’un support précieux, je n’ai ressenti aucune contrainte. De plus, faire voyager le matos de Bruxelles à Tunis en passant par la Turquie devrait être reconnu sport olympique… Louis-Philippe et son équipe méritent une médaille, partagée avec Antoine et Brice !

 

C’était ton premier long avec Antoine, ton chef électro ? 

FN : Oui, c’était notre première collaboration, et pas la dernière j’espère ! Antoine a été un merveilleux allié pendant le film. Il a tout de suite compris le film et les enjeux de l’image. Très attentif au moniteur, ses propositions étaient presque toujours en accord avec mes intentions. Il a su s’adapter à tous nos imprévus. Sa coordination avec l’équipe locale s’est super bien passée. Je crois (j’espère) qu’ils en gardent tous un bon souvenir. Quoi qu’il en soit, sa présence m’a été précieuse, avec son regard avisé, toujours dans le calme, il a su respecter le travail un peu exclusif que je devais parfois développer avec la mise en scène. Ma seule déception est qu’il n’a pas pu nous accompagner en Turquie pour la dernière semaine. Le seul poste belge prévu avec nous là bas était Brice, pour entre autre la gestion continue du matériel caméra.

 

A part Brice et Antoine, le reste de l’équipe était des locaux ? Comment ça s’est passé avec eux ? 

FN : Oui, l’équipe caméra qui œuvrait avec Brice, tous les électros et l’entièreté de l’équipe machinerie étaient tunisiens. J’en connaissais beaucoup d’entre eux depuis Hedi, comme Habib Ben Salem qui était notre chef électricien tunisien et qui assumait le relais d’Antoine auprès de ses hommes. L’équipe machinerie était elle aussi la même que sur Hedi. Notre chef machiniste, Slim Dhaoui et son équipe (Chedly Yazidi et Hatem Boukhris) connaissaient déjà nos méthodes de travail avec Mohamed. Tout a roulé avec eux… J’en profite d’ailleurs pour les remercier tous, si par chance ils tombaient sur ces mots.

Pour la semaine en Turquie, j’ai du travailler avec une équipe turque à tous les postes sauf au point. Les gars que j’ai eu sur place étaient excellents. Ce sont des bêtes de travail d’une efficacité assez bluffante. Nous avions beaucoup de décors, avec peu de repérages et peu de temps de prépa.

 

 

Tu cadrais toi-même ? Tu disais que vous aviez tout tourner en plan-séquence à l’épaule. Vous n’avez utilisé aucun autre type de machinerie ? 

FN : Oui, je cadrais moi même. Et oui tout a été filmé à l’épaule sauf les quelques plans en caméra embarquée dans les voitures ou dans les machines du port. Ce fut assez éprouvant dans l’ensemble. Il n’était pas rare de faire une trentaine de prises. Si je me souviens bien on a atteint 54 prises pour une séquence (rires) ! Et nous ne faisions pas des petits plans, ils étaient toujours assez longs et compliqués, avec des levées et des assises, de longs déplacements les genoux fléchis pour compenser ma taille, etc. Étonnamment, sur le moment même on pouvait même imaginer en tourner une centaine, mais c’est après le tournage, en rentrant pour les fêtes, que j’ai senti le côté sportif de notre métier !

 

Chez quel loueur avez-vous pris la machinerie ?

FN : Toute la face machinerie était tunisienne. J’avais juste pris un slider pour les rigs voiture chez KGS.

 

Comment s’est passé le travail avec les acteurs ? 

FN : Comme sur Hedi, Mohamed a travaillé avec des acteurs non-professionnels. Il a beaucoup travaillé avec eux en prépa. Sur le plateau il les chargeait successivement d’indications, par petites touches, pour parvenir à leur donner le naturel et la finesse qu’on retrouve à l’écran. Malgré ce travail difficile, ils ont été assez réceptifs et souples pour de temps en temps intégrer des indications plus techniques liées à la faisabilité du plan-séquence. Nous avons très vite trouvé une manière de nous mouvoir ensemble même dans des décors plus exigus, comme des couloirs ou des passages de porte.

 

 

Comment s’est passé la postprod ? 

FN : Nous avons eu deux semaines d’étalonnage chez Mikros à Paris dans leurs installations rue d’Hauteville. C’est Raphaëlle Dufosset qui a étalonné le film. Elle avait déjà étalonné Hedi. Elle a une vrai sensibilité au cinéma et à l’image. C’est un plaisir de travailler avec elle, mais ce n’est pas toujours possible car elle est française. J’aime beaucoup travaillé chez Mikros car ils accompagnent toujours les films à fond. Ils sont toujours derrière nous et très réactifs.

 

Que penses-tu du résultat final du film et de sa sélection à la quinzaine à Cannes ? 

FN : D’habitude on dit toujours qu’on trouve le film sur lequel on travaille très bon ou très fort… de manière un peu automatique le nez dans le guidon de la post-prod. Mais ici, lors de cet étalonnage, j’ai redécouvert le film en vision de mixage ! L’image dans l’audit était l’export HD non étalonné, mais malgré ça quelle belle surprise ! L’équipe son a fait un travail remarquable et le film s’est à nouveau révélé devant moi. Je l’ai trouvé magnifique, tout en nuances, avec des comédiens formidables. J’ai été ému à plusieurs reprises. Ça peut paraître naïf ou prétentieux, mais je me suis senti fier d’avoir participé à ce film. C’est vraiment du cinéma, le cinéma qui me plaît. Sa sélection à la Quinzaine est une chance géniale pour Mohamed de montrer son film à un grand nombre de professionnels, de critiques, de journalistes, de cinéphiles. C’est aussi, je l’espère pour lui, un atout précieux pour monter son prochain projet…

 

 

Matériel :

Caméra : Arri Alexa Mini, Leica Summilux, Eye-Lite

Electricité : Eye-Lite

Machinerie : KGS

Laboratoire : Mikros

 

Équipe :

1er AC : Brice Dejardin

Chef électricien : Antoine Bellem

Chef machiniste : Slim Dhaoui

Étalonneur : Raphaëlle Dufosset

Translation by Anton Mertens